Stratégie de conquêtes territoriales
Par Enki40, dimanche 4 mars 2007 à 14:14 :: Textes et Articles :: #682 :: rss

Vers 633, les armées arabes, composées de tribus, nomades originaires du Yémen, du Hijâz et d'autres régions de l'Arabie, envahirent la Babylonie et la Syrie.
La conquête échelonnée sur une décennie, compta quelques affrontements armés décisifs, mais surtout des razzias sur les villages et les campagnes et des pillages. Cette conquête fut facilitée par le ralliement des tribus arabes qui, depuis deux siècles environ; s'étaient infiltrées et parfois sédentarisées sur les confins mésopotamiens et syro-palestiniens de l'Arabie. Ces tribus, dont certaines s'étaient chritianisées, avaient opté soit pour le nestoriasnisme, soit pour le monophysisme, selon leur implantation en territoire perse ou byzantin. Vassales de ces Etats, elles assumaient la défense de leurs frontières, la protection des villes et des villages contre les prédations des Bédouins qui nomadisaient dans les déserts limitrophes.
L'examen de cette migration des tribus arabes et de leur fixation dans les territoires perses et byzantin a récemment amené certains historiens à remplacer la théorie d'une conquête islamique fulgurante par celle d'un processus graduel étalé sur deux siècles, de pénétrations continue du monde nomado-arabe dans les pays de civilisation sédentaire. La désagrégation des empires perses et byzantin et l'effondrement de leurs structures défensives permirent aux tribus nomades, unies par l'islam d'envahir les campagnes et de recruter, pour les razzias, parmi les Arabes implantés sur les marges de a Mésopotamie et de la Syrie de précieux auxiliaires connaissant la topographie d ces régions. A la mort du Prophète, la calife Abû Bakr organisa l'invasion de la Syrie, une guerre qui avait déjà été projetée par Muhammad. Il rassembla les tribus nomades du Hijâz, du Najd et du Yémen et recommanda à Abû Ubayda, chargé des opérations dans le Golan (Palestine), de piller les campagnes mais de s'abstenir d'attaquer les villes, faute de l'armement adéquat
Aussi, dans l'expédition de 634, toute la région de Gaza jusqu'à Césarée, fut-elle mis à sac et dévastée. Quatre mille paysans, chrétiens, juifs et samaritains, qui défendaient leurs terres, furent massacrés. Les villages de Néguev furent pillés par 'Amr b. al-'As, tandis que les Arabes se répandaient dans les campagnes, coupaient les communications et rendaient les routes périlleuses. Les villes comme Jérusalem, Gaza, Jaffa, Césarée, Naplouse, Beisân, isolées commes des îlots fermèrent leurs portes. Dans son sermon de Noël en 634, Sophronius, patriarche de Jérusalem, déplora l'impossibilité d'aller comme de coutume à Béthléem, les chrétiens étant retenus de force à Jérusalem , « non pas retenus par des liens corporels, mais enchaînés et cloués par la terreur des sarrassins », dont « le glaive féroce, barbare et plein de sang « les tenait enfermés, dans la ville. (F.M Abel, Histoire de la Palestine, Paris, 1952, tome II, p.397)
En Syrie les Ghassanides, Arabes monophysites, se rallièrent aux musulmans. Sophronius, dans son sermon pour l'Epiphanie en 636, se lamentait sur les églises et les monastères détruits, les villes saccagées, les champs dévastés, les villages livrés aux flammes par les nomades qui parcouraient le pays. Dans une lettre de 636 à Sergius, patriarche de Constantinople, il mentionait les ravages exercés par les Arabes. En 639, des milliers de personnes moururent, victimes de la famine et de la peste consécutives aux destructions.
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La situation des citadins était différente. Protégés par leurs murailles, ils purent se défendre ou négocier les conditions de leur reddition moyennant un tribut versé aux chefs bédouins. Cette distinction entre les régions rurales et les villes, mentionnée dans les récits cgrétiens contemporains, se trouve confirmée par les historiens musulmans postérieurs. En effet, la consignation exacte du déroulement des conquêtes arabes constitua, dès l'origine du droit musulman, un principe essentiel car il détermina non seulmeent la nature et l'imposition du sol, mais également la législation applicable à ses anciens habitants; Si quelque divergences apparaissent concernant les villes, les provinces en revanche, entrent pour la majorité des cas dans la catégorie des prises sans traité. Or, dans la stratégie du jihâd, l'absence de traité autorise le massacre ou l'esclavage des vaincus et le partage de leurs biens.
Ce schéma se reproduit invariablement, quels qu'aient été les terrains, les pays et les peuples conquis, dans les deux cycles d'islamisation, l'arabe et le turc. Il concilie les coutumes prédatrices des nomades sur les sédentaires, les règles du jihâd et naturellement les pratiques habituelles à l'époque.
Bat Ye'or : Les Chrétientés d'Orient, entre jihâd et dhimmitude, Editions Jean-Cyrille Godefroy, 2007.
Présentation de l'éditeur
Ce livre montre comment le jihad arabe puis turc tua les empires chrétiens méditerranéens, du VIIe au XVIIe siècle, et jusqu'au XXe siècle. Les populations chrétiennes agressées par les conquérants musulmans mirent en œuvre des stratégies variées : défense, collusion ou collaboration. Le jihad a transformé en civilisations islamiques des peuples chrétiens arrivés à l'apogée de leur puissance et de leur rayonnement intellectuel. Minées par le doute et l'angoisse, ces sociétés agonisèrent et finalement se résignèrent à disparaître. Réduisant leurs représentants à d'infimes minorités, l'islam détruisit ou confisqua leur grandiose héritage artistique et archéologique. L'auteur discute du débat actuel sur le conflit d'interprétation du jihad : guerre de conquête impérialiste ou chance offerte aux non-Musulmans d'entrer dans la lumière de l'Islam ? Le statut juridique des populations vaincues est-il tolérant, ou oppressif et avilissant ? Alors que le XXIe siècle s'ouvre sur la troisième vague jihadiste, Bat Ye'Or éclaire les enjeux en faisant connaître le tragique destin des peuples et des civilisations vaincus par le jihad.
Biographie de l'auteur
Née en Egypte, de nationalité britannique, Bat Ye'Or s'est consacrée à l'étude du statut des communautés ethno-religieuses dans les pays d'islam. Elle a désigné ce statut particulier d'un nom : la dhimmitude, dont elle a défini les aspects généraux politiques, économiques et culturels.
Cet ouvrage est en boutique : http://www.occidentalis.com/article.php?sid=2751




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